LES VIES INTERDÉPENDANTES DES PLANTES: DES MYTHES D’OVIDE À LA PENSÉE PRÉSOCRATIQUE ET AU-DELÀ
Claudia ZATTA est une spécialiste de l’Antiquité classique dont les recherches explorent les intersections entre la littérature, la philosophie et la mythologie grecques antiques ainsi que l’histoire des sciences, en mettant tout particulièrement l’accent sur les relations entre les humains, les animaux, les plantes et le monde naturel. Elle a étudiée à l’ Université de Padua et à Johns Hopkins University (PhD, Classics), a fait partie de l’American College of Greece, est membre de l’Institute of Hellenic Culture and Liberal Art (IHCLA) et intervenante régulière à la Northwestern University Elle est l’auteure de nombreux articles scientifiques et de plusieurs ouvrages, notamment Interconnectedness: the Living World of the Early Greek Philosophers (Academia Verlag, 2017) et Aristotle and the Animals: The Logos of Life Itself (Routledge, 2022). Elle a également contribué à L’intelligence des plantes en question (Hermann 2020). Ses recherches actuelles portent sur la métamorphose, l’écologie et les conceptions du vivant dans l’Antiquité gréco-romaine. Cet article montre que dans les Métamorphoses, Ovide s’approprie de manière créative certains aspects de la philosophie grecque ancienne dans ses récits de métamorphoses végétales. Si son univers poétique se distingue profondément de l’enquête philosophique par ses objectifs et ses procédés, Ovide mobilise néanmoins des conceptions philosophiques de la vie végétale, de l’analogie des corps et de la continuité entre les formes du vivant afin d’explorer les frontières entre l’existence humaine et l’existence végétale. À travers la représentation dramatique de personnages transformés en arbres, il suspend le processus de métamorphose entre deux états d’être et crée des figures hybrides dont l’identité et les facultés demeurent problématiques. Les signes visibles de la vie qui subsistent après la transformation — notamment l’écoulement du sang d’un corps végétal — soulignent davantage encore la continuité entre les formes végétales et animales de l’existence.
RENATURATION CHIMÉRIQUE DU VIVANT
Catherine VOISON est professeure agrégée d’arts plastiques et artiste plasticienne. Ph. D. en Esthétique et Sciences de l’art et chercheure associée à l’Institut ACTE Université de Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, elle est également critique d’art et membre d’AICA/France. Ses recherches portent sur l’éthique, l’art écologique et technobiologique. Parmi ses articles et conférences récentes : La mélancolie dans les pratiques artistiques contemporaines, 9ème colloque international, Laboratoire langues, littératures et communication, Université Hassan 2, Casablanca, Maroc (Juin 2024); L’art d’Ai Weiwei, les traces mémorielles de la Chine au prisme des réalités géopolitiques d’hier et d’aujourd’hui, Université de Strasbourg, colloque « Trous de mémoire ; Traces et fissures », Université de Strasbourg (Oct. 2023); L’éthique incertaine des expérimentations de l’art biotechnologique, Revue Ethica, Art et éthique, vol.24 n°1, Université du Québec à Rimouski (Janv. 2022); L’art biotechnologique, un art contaminé par la microbiologie, Revue Ligeia N° 189-191, « Art et biotechnologie », Juillet -décembre 2021, pp. 58-75; L’art écologique, un art expérimental au service de l’humain, Revue Plastik N°9, « Art et écologie, des croisements fertiles ? » (Sept. 2020). L’article qu’elle nous propose pour PLASTIR qui est suivi d’un conte “re-créatif” où l’auteur se métamorphose en Passiflore, pénètre les coulisses du travail de l’artiste et d’une biologie revisitée au prisme de l’art contemporain. S’y mêlent créatures chimériques, espèces mutantes, art biotechnologique, collection singulière et esprit foisonnant interrogeant la “sériosité” de l’Anthropocène. Une approche éthique et écoartistique qui interroge le vivant, une forme de cabinet de curiosité vivace qui ont un pouvoir subjuguant pour qui interroge un tant soit peu “ce nouveau siècle des lumières”.
RÉSEAUX BIOLOGIQUES, MYCÉLIUM ET MATIÈRE NOIRE : LE LANGAGE DU COLLECTIF
David GUEZ est artiste et auteur, Centre Pompidou, Beaux-arts de Paris. Il développe une œuvre fondée sur deux moteurs essentiels : le lien et le public. Il explore les relations sociales, les passages entre médiums et pratiques, ainsi que les formes d’altérité rendues possibles par les technologies. Son travail défend un art ouvert et disponible à tous, tout en interrogeant les libertés publiques et intimes et en imaginant des alternatives. À travers des objets, des dispositifs et des matrices expérimentales, il aborde les médias libres, les sciences, la psychanalyse, le temps, l’identité, les usages collaboratifs d’Internet, l’archivage et les pertes de liberté. Ses projets récents comprennent les Éditions L, un atelier sur les Langages interstellaires (A.L.I), l’intelligence artificielle collective E.L.I.OT, la monnaie temporelle KRONOS, la plateforme Host an Artist et le projet LEVITATION, un casque de réalité virtuelle connecté au cerveau. Ses œuvres sont présentées en France et à l’étranger, notamment au Centre Pompidou, au Jeu de Paume et à la Gaîté Lyrique. David Guez nous présente pour Plastir une version augmentée et référencée de son article sur le langage du collectif qu’il résume comme suit: “Un langage n’est pas toujours produit par un individu. Il peut émerger d’un réseau : racines, mycélium, essaims, colonies, signaux chimiques, champs électriques, flux d’information dispersés dans un milieu. À l’échelle cosmique, la matière noire et les galaxies dessinent elles aussi une trame de filaments : le cosmic web. Cet article propose de penser A.L.I depuis cette idée : si l’intelligence extraterrestre n’était pas une voix, mais un réseau ? Si le premier interlocuteur n’était pas un “je”, mais un “nous” distribué ?” Site web de l’auteur: www.guez.org
LE « CORPS ÉCOUTE » ENTRE VIBRATION, ÉNERGIE ET RÉSONANCE
Louise BOISCLAIR, PhD, (signature LouB) est une artiste-chercheuse transdisciplinaire, peintre, essayiste, poète et critique d’art établie à Montréal, QC. Membre du RAAV, de l’AICA-Canada et du CIRET, et récipiendaire de nombreux prix et bourses, elle allie une solide pratique artistique et auctoriale à un parcours académique rigoureux (doctorat à l’UQAM et postdoctorat à l’UdeM). Sa démarche, enrichie par quarante ans de tai chi, explore l’imaginaire et le corps du vivant par un langage pictural et scriptural entretissé. Autrice de cinq essais sur l’art immersif, d’un recueil de poésie (2024), de cahiers de textimages et livret d’art autoédités, elle théorise l’expérience esthétique comme démarche transformatrice. Sa proposition d‘art écosphérique’ nourrit instinctivement ses peintures abstraites et organiques, régulièrement exposées, tout en collaborant régulièrement à des revues comme PLASTIR et le CJLPA. Telle une méditation dynamique, le présent article revisite le questionnement émergé, entre 2017 et 2022, de la fréquentation approfondie de 22 œuvres sonores constitutives de La Langue des sons (L’Harmattan 2024). Ce journal d’écoute propose un double dispositif entre plume et pinceau d’expérimentations sonores. Triturées tout bord tout côté, les questions jaillissantes du «corps écoute» ont entraîné une recherche autour de trois pivots omniprésents : «Énergie», «Vibration», «Résonance». Qui sont ces êtres de lumière que l’écoute façonne à partir de leur croisement ? Propulsée ou propulsante, l’énergie agit-elle au singulier ou au pluriel : Énergie ou énergies ? Comme récepteur.rice. s ou interacteur.rice.s d’œuvres sonores, à quel type d’énergies sommes-nous branché.e.s ? S’agit-il de son, de fréquence, d’oscillation, de particule ou d’onde, d’ondulation, d’ondoiement ? De fait, comment distinguer vibrations et résonances ? Enfin, comment le corps reçoit-il les vibrations sonores ? Comment crée-t-il les images qu’il entend ? Dit autrement, que produit le corps sous influences sonores ?