Péguy LUMUENE LUSILAVANA est chercheur en philosophie contemporaine, enseignant en philosophie de l’esprit et de la communication et épistémologue des sciences politiques. Ses domaines de prédilection touchent au numérique, au langage artificiel et à la méthodologie de la recherche. Spécialiste de Bergson, dont il sera également question dans ce numéro à travers l’approche artistique de Bernard Gast, Il a notamment publié : « La pensée de Bergson à l’ère des neurosciences cognitives » chez Hermann en 2021 et plusieurs articles dans Plastir, dont le n°78 (Plastir 78/09-2025) qui traitait des enjeux de la communication numérique dans les pays en voie d’émergence, le n°73 (06-2024), « Réparer et se faire réparer les cerveaux : un chemin vers la paix dans le monde» et les numéros 69 (06-2023) : « Relations transgénérationelles et plasticité du cerveau » et 62 (09-2021) : « De la clôture à la création monadique: l’erreur de Leibniz ». Il nous propose pour ce numéro de penser les humanités à l’ère du numérique par le biais de l’interaction entre bio- et sémiocultures. Sage attitude que l’auteur résume en affirmant que « le numérique est à la fois comme un microscope (outils de précision) et un miroir (révélateur de nouveaux comportements) pour les humanités. Le pari dans cette démarche pour les jours avenir consiste à montrer comment garantir que l’intelligence artificielle reste un outil au service de la culture humaine sans devenir le substitut. Dans ce contexte, la distinction nature/culture devient obsolète : l’humain est le produit d’une coévolution bioculturelle et sémiotique. Cette hybridation n’annonce pas seulement l’avènement d’une « noosphère » (sphère de la pensée humaine) totalement interdépendante de la technologie. Elle ouvre également à la possibilité d’une sémiosphère numérique qui ne soit pas prédatrice pour la biosphère, mais une véritable interface de cohabitation ? L’interaction biosphère – sémiosphère à l’ère numérique ne doit pas être une absorption de la vie par le langage artificiel algorithmique, mais une traduction mutuelle. Les humanités agissent ici comme des interprètes, veillant à ce que notre « couche numérique » reste au service de la vie et non l’inverse. En somme, dans ce vaste projet, le rôle des humanités est de nous orienter vers un nouvel humanisme, celui qui est à même de réconcilier la « sagesse » classique avec l’efficacité technique pour que le numérique serve l’émancipation et non l’aliénation de l’humain. Ici, les sagesses religieuses et les savoirs endogènes (notamment africains) ne doivent pas être ignorés. »
Adèle TILOUINE est une science-artist dont la démarche vise à poétiser l’empirique et à explorer la potentialité du rapprochement entre l’étude du vivant et les formes artistiques. À travers un large éventail de médiums, elle développe un corpus d’œuvres où données, imageries et protocoles expérimentaux sont réinterprétés par des biais esthétiques qui questionnent la représentation du vivant, la perception du réel et l’esthétique de l’invisible. Diplômée d’un master de Sciences sociales de l’EHESS (2013), elle entreprend un doctorat entre la France et les USA. Elle se dirige ensuite vers le marché de l’art et travaille en tant que galeriste, commissaire d’exposition et critique d’art puis, elle entreprend sa carrière de science-artist en collaboration avec des laboratoires de recherches français et internationaux. Présenté à l’international : Europe, Asie, Moyen-Orient et États-Unis, le travail d’Adèle Tilouine est régulièrement distingué : Prix des Amis du Salon d’Automne (2019, 2022), Prix ADAGP en art digital (2021), Emerging Scene Art Prize (Dubaï, 2021), finaliste de l’Arte Laguna Prize (2022), et lauréate du 1er prix de la SciArt Competition de Neuroverse (2024). Après avoir obtenu un doctorat en génie biologique à l’Université de technologie de Compiègne (UTC, France) en 2003 et occupé un poste de post-doctorante à l’Institut BIOTEC de Dresde (Allemagne), où elle a acquis des compétences en microscopie à force atomique (Superviseur : Pr Daniel Mueller), Céline ELIE-CAILLE a rejoint l’Institut FEMTO-ST (UMR6174 CNRS) à Besançon (France) en tant que maître de conférences en 2006. Depuis 2013, elle concentre ses recherches sur les vésicules extracellulaires et sur la manière de combiner des outils d’analyse et de caractérisation multi-échelle pour leur qualification. En janvier 2023, elle a lancé son équipe de recherche, Nano2BIO, réunissant des compétences en développement de biopuces, en biodétection, en analyse approfondie des interactions biomoléculaires, en nanobiocaractérisation et en chimiométrie, pour une caractérisation fine et discriminante d’objets submicroniques d’intérêt dans un fluide biologique complexe. Jérôme DEJEU est enseignant chercheur à Besançon à l’école d’ingénieur Supmicrotech. Titulaire d’une thèse en chimie, il s’est rapidement orienté vers la modification de surface pour étudier les interactions entre des molécules biologiques, sans marquage et en temps réel, via des méthodes optiques (Résonance des plasmons et/ou interférométrie). La médiation scientifique au grand public a toujours été très important pour lui en participant régulièrement à la Fête de la Science ou à la Nuit des Chercheurs. Fruit de la collaboration entre la science-artist Adèle Tilouine et les chercheurs en nanosciences Céline Elie-Caille et Jérôme Dejeu (Nano2Bio, Institut FEMTO-ST), cet article interroge le potentiel de la microscopie à force atomique (AFM) pour la caractérisation des vésicules extracellulaires à l’échelle nanométrique. À partir des données et images produites en laboratoire, le projet engage une réinterprétation artistique des cartographies du nanomonde où les modalités de représentation scientifique ouvrent sur de nouvelles formes de perception. L’article met en perspective les développements instrumentaux associés ainsi que leurs enjeux fondamentaux et biomédicaux, tout en montrant comment l’imagerie AFM excède sa fonction analytique pour devenir support de représentation artistique. À l’interface entre nanosciences, imagerie et création contemporaine, cette démarche propose une reconfiguration des régimes de visibilité du vivant.
Sonia KEBAÏLI est enseignante universitaire en sciences de l’éducation et didactique des disciplines à l’université de la Manouba (Tunisie) et chercheuse en didactique des sciences biologiques. Elle est également membre du Laboratoire de génétique, génomique et épigénétique à l’université Tunis El Manar (Tunisie). S’intéressant aux relations pouvoir-savoir, ses travaux de recherche, intégrant les apports de Michel Foucault sur la didactique des sciences, portent sur l’épistémologie et la nature des dites sciences, de la médiation scientifique, de la pédagogie universitaire et de la formation des futurs enseignants et inspecteurs. Elle co-organise un colloque international intitulé « Épistémologie, histoire des sciences, arts et didactique. Penser, cultiver et enseigner les sciences et les arts » qui se tiendra du 04 au 06 novembre 2026 à Tunis. Elle résume son propos en ces termes : « Chercher à comprendre qu’est-ce que la vie et qu’elle est l’histoire des êtres vivants a toujours intrigué la pensée humaine. La mise en perspective historique des connaissances biologiques permettrait de les enrichir, de mieux comprendre la biologie actuelle et de replacer les débats contemporains dans leur contexte pour mieux en apprécier l’importance et en dégager le sens. L’objectif de cet article est de porter une réflexion archéologique selon l’approche foucaldienne sur les soubassements discursifs et non discursifs qui ont rendus possibles (ou non) certaines formulations d’avant la « biologie » sur des aspects relatifs au monde vivant et à son histoire. L’intérêt est porté au Moyen Âge, souvent décrit comme fleuron et « âge d’or » de la civilisation arabe islamique et comme désertique et marécageux dans le monde latin, puis à l’Âge Classique et au Siècle des Lumières. Pour ce faire, nous nous référons aux travaux de Michel Foucault en empruntant trois notions, l’épistémè, le dispositif et la problématisation.»
PEINDRE AVEC LE CINÉMA. UN IMPENSÉ DE L’ART CONTEMPORAIN
Bernard GAST – également psychanalyste & philosophe – est un peintre et un poète dont l’oeuvre se définit comme La Peinture avec le Cinéma. À travers son œuvre, il interroge le processus même de la création (le concept esthétique de la « peinture sans peinture ») en utilisant différents média. Les principaux sont le dessin (KOLéOM), la photographie et la vidéo, dont notamment les films 35 mm qu’il qualifie de « pellicules-peaux sensibles du cinéma du monde » . Faisant le constat dans les années 90 de l’impact négatif de l’arrivée de la photographie et du cinéma sur l’expression picturale, il inaugure une nouvelle manière de penser la peinture à la lumière du cinéma. Un nouveau concept esthétique naît : “Peindre avec le Cinéma !” » (Vr. glossaire en annexe) prenant toutes les formes de l’art (installations, gravures, poèmes, photographie, icônes, peinture abstraite ou figurative, pop art, cinétisme, surréalisme, installations….). Son tour de force, utiliser la pellicule 35 mm comme toile de fond sans jamais être hybride. Ce retour à la Peinture par le Cinéma a fait dire à Olivier Michelon, conservateur de la fondation Vuitton et ancien commissaire pour l’exposition de Gast au centre Georges Pompidou (2007), que cette «œuvre est bien plus picturale qu’une Peinture». De très nombreuses expositions en France, en Allemagne, en Bosnie, en Suisse, au Canada ou au Japon. Parmi ses activités récentes une Rencontre spirituelle avec le poète François Cheng qui a écrit 2 textes sur sa Cine Painting (juin 2025), le livre d’ Annette Michelson (Tome 1) sur la création de Bernard Gast, « L’intuition éclairante » – Voyage au coeur de la pensée d’Henri Bergson, livre de l’auteur paru en 2025 aux éditions I Gallery suivi d’un article sur le philosophe publié dans la Revue TK 21 Arts & Société et plusieurs expositions (Centre Pompidou, Musée d’Orsay, BNF, 2021; Musée Berardo, Lisbonne 2023), participation à l’exposition Art Brut (Donation Decharme, Grand Palais – RMN – Centre Pompidou avec la présentation de « L’école du monde », une esquisse de Peter KOLéOM (pseudonyme pour les dessins de Bernard Gast), projection de « La peinture-sans-peinture » au festival de Cannes 2016). Cet édito entre dans le vif du sujet. Cependant, avons nous tout dit ? Loin s’en faut… I Gallery résume cet article que Plastir a l’honneur de publier ainsi « Un impensé de l’art contemporain : depuis les années 90, en ‘peignant’ avec les pellicules 35 mm du Cinéma, Bernard Gast donne naissance à la Peinture avec le Cinéma.» Infos plus complètes : https://www.bernardgast.com/. Annette MICHELSON, co-autrice de cet article, critique d’art pour l’édition française du New York Herald Tribune puis pour Arts Magazine et Art International et critique de cinéma américaine, elle éditera des numéros d’Artforum et de Special Film Issue en 1973 avant de créer sa propre revue post-structuraliste Octobre qui publiera notamment Michel Foucault, Roland Barthes, Sergueï Eisenstein et des traductions des textes de Georges Bataille. Au plan académique, elle enseignera au Département d’études cinématographiques à l’Université de New York jusqu’en 2004, avec comme objectif la reconnaissance du cinéma d’avant-garde ou expérimental en tant qu’art visuel. En 2015, elle fera don de ses documents et archives au Getty Research Institute et publiera un recueil de ses publications sur ces deux champs cinématographiques intitulé On the Eve of the Future: Selected Writings on Film (MIT Press, 2017, peu avant son décès en 2018.