Plastir n°58 – 06/2020

PROLOGUE À LA QUÊTE

Ilke Angela MARECHAL est poétesse, traductrice et éditrice. Ayant appris avec grande tristesse sa disparition en février dernier, je voulais lui rendre personnellement un vibrant hommage dans PLASTIR car nous avions des liens d’amitiés forts et avons menés plusieurs projets ensemble. J’ai choisi de le faire en publiant ce prologue qu’elle avait écrit en exergue de son livre Sciences et imaginaire (Albin Michel, 1994) qui résume bien son travail de fourmi éclairée et de bonne fée pour tous les scientifiques, philosophes ou artistes qui ont croisé sa quête. Car c’est bien d’une quête qu’il s’agit. Une soif de connaissance inextinguible qui touche à la racine du savoir, ses modes d’expression narratifs, poétiques et polychromes. Une soif qu’Ilke a déployée auprès de Gérard Murail et de Maurice Couquiaud pour la revue Phréatique, de Michel Cazenave, qui parmi ses nombreuses prérogatives  incluant celle d’être membre d’honneur de PSA, était producteur à France Culture et directeur de la collection « Sciences d’aujourd’hui » chez Albin Michel, de scientifiques comme Etienne Klein, Basarab Nicolescu, Francisco Varela ou Jean-Pierre Luminet, d’artistes comme Anne-Marie Pochat ou Frédéric Rossille, dont une des compositions a constitué le générique de l’émission de radio Epectase – La science aux pastels qu’elle a produite et animée, et de tant d’autres que je ne peux nommer ! Ilke Angela Marechal n’a jamais cessé de nous interroger, en cherchant toujours à aller au fond des choses et des sentiments. En tant que poétesse, elle a notamment publié le recueil « À l’écoute » et fait partie du fonds culturel « Var et Poésie » de l’Université du Sud/Toulon-Var, de la prose, des essais en revue et de nombreux entretiens. En dehors de ses activités littéraires et de traductrice, notamment de l’œuvre de Marie-Louise Von Franz (Matière et Psyché, Bibliothèque jungienne, Albin Michel, 2002) et de Carl Friedrich von Weizsäcker qu’elle a édité dans la maison d’édition AnimaViva multilingüe qu’elle a dirigée dans la principauté d’Andorre, elle a été membre fondatrice de l’association Andorra Compicitat entre 2011 et 2013. Elle a produit durant cette période trois rencontres/débats importants au Sanctuaire de Meritxell: les Dialogues de Meritxell ou Diàlegs de Meritxell: Espiritualitat i interculturalitat en 2012 avec Yamada Sôshô (Révérend supérieur du Shinjuan, Daitoku-ji, Kyoto, Japan, 27e successeur de Ikkyû); Penser entre les langues avec le philologue Heinz Wismann en 2013 et Tagore, 100 ans du prix Nobel, avec une conférence-lecture du professeur Udaya Narayana Singh de l’université Visva-Bharati, sur le Gitanjali de Rabindranath Tagore (2014). Elle a en outre réalisé ou produit de nombreux entretiens avec des chercheurs de toutes disciplines et des articles, dont deux dans PLASTIR : Plastir 5, 12/2006 et Plastir 11, 06/2008, ainsi que des évènements culturels dans le champ arts et science. Parmi ceux-ci: l’émission Epectase les sciences aux pastels qu’elle a produite et animée sur Aligre FM entre 1994 et 2001 et auxquels plusieurs d’entre nous ont eu la chance de participer; La tête dans les Étoiles, rencontre entre astrophysiciens et poètes à Nice en 1989 pour la revue Phréatique; une table Ronde autour du livre d’entretiens Sciences et imaginaire publié chez Albin Michel en 1994 à la Cité des Sciences et de l’Industrie; intitulée Entre Art et Science, La Création I à la Fondation Dosne-Thiers, Institut de France (1996) sous le haut-patronage de Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique et Marcel Landowsky, compositeur et chancelier de l’Institut, puis, en tant que déléguée de l’association Espace européen C.I.C. en coopération avec l’association Médicis Art-Science, Entre Art et Science, la Création II (FlickRlink) au Palais de la découverte en 1997 proposant une exposition d’œuvres d’art issues d’une douzaine de scientifiques de renom en dialogue avec une trentaine d’artistes ainsi qu’un cycle de conférences, de débats et de tables rondes auquel le Groupe des Plasticiens ou GDP, précédant la création de PSA a contribué. 

NEUROSCIENCES ET DROIT PÉNAL DES MINEURS

Peggy LARRIEU est Maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’Université d’Aix-Marseille, ses recherches s’inscrivent dans une perspective transdisciplinaire. Après une thèse sur La vie politique saisie par le droit privé, elle s’est intéressée aux liens existant entre le droit et les neurosciences mais également et, en contrepoint, aux liens entre le droit et l’imaginaire (mythes, récits littéraires). Elle est notamment l’auteur d’un ouvrage : Neurosciences et droit pénal, Le cerveau dans le prétoire, paru aux éditions L’Harmattan en 2015, et de plusieurs articles sur le même sujet. Peggy Larrieu nous présente ici un sujet délicat en droit pénal des mineurs tirant parti des enseignements apportés par la médecine et les neurosciences, qui appuie, et nous en sommes des témoins convaincus, sur la valeur inestimable de la plasticité du cerveau dans tous nos actes  et comportements. Elle résume son approche comme suit : « Depuis plusieurs années, les orientations de la politique pénale ont entraîné des réponses de plus en plus systématiques à la délinquance des mineurs. La sécurité tend désormais à l’emporter sur l’objectif éducatif, ce qui traduit un changement de paradigme et une « déspécialisation rampante » de la justice pénale des mineurs. Une telle évolution est pourtant contraire aux avancées des neurosciences, qui viennent plutôt conforter l’autonomie du droit pénal des mineurs. Mais, si les données des neurosciences peuvent éclairer le législateur dans l’élaboration des règles générales, il faut rester très prudent lorsqu’on passe aux cas particuliers. Les rythmes de croissance et de décroissance, les vitesses de maturation et de dégénérescence varient d’une personne à l’autre. Rien n’est jamais figé dans le cerveau. N’oublions pas qu’un enfant est en perpétuel devenir ; l’enfermer dans une définition, qu’elle soit formulée à l’école, par la science ou par la justice, c’est trahir sa liberté de devenir celui qu’il choisit d’être. » 

ANATOMIE D’UNE CATASTROPHE

Hubert LANDIER est économiste, sociologue et membre actif du CIRET (Centre international de recherches et d’études transdisciplinaires). Il a consacré sa carrière professionnelle à l’observation et à l’analyse des rapports de travail dans l’entreprise, à la fois comme universitaire et comme consultant. Il réfléchit aujourd’hui, dans une optique prospective, aux rapports entre l’humanité et son environnement. Après une vingtaine d’ouvrages consacrés au management humain des entreprises, il est l’auteur de deux uchronies, « A travers le monde de demain », et « Sous le grand ciel vert », ainsi que d’un recueil d’apophtegmes, « Les propos du jardinier ». Cette fine anatomie des catastrophes, qu’elle touche l’effondrement des sociétés, le réchauffement climatique ou le capitalocène, Hubert Landier la situe dans le contexte du confinement et du post-anthropocène. Le monde, après la  pandémie du coronavirus, ne sera plus jamais comme avant, nous dit-il. Il se situera quelque part entre le statu quo ante qu’espèrent certains et l’effondrement auquel d’autres s’attendent. L’inattendu, en nous surprenant, nous aura obligé à réfléchir à notre rapport au monde et aux principes qui nous animent: notre dévotion au paradigme utilitariste et économique, notre foi dans la flèche du temps et dans le progrès, celui-ci étant réduit au progrès technologique, notre dédain pour notre environnement terrestre, réduit à n’être plus qu’une carrière et une déchèterie. Autant de certitudes représentatives de la taxonomie et de l’axiologie qui nous animent malgré nous, nous empêchant de concevoir ce que pourrait être le monde de demain. Nulle prévision possible qui ne nous ramène au passé. Pas d’autre recours que l’imagination et la poésie.

MYTHO-LOGIQUE OU MÉSO-LOGIQUE ?  UNE ÉTUDE COMPARATIVE DE LA MYTHOLOGIE BARTHÉSIENNE ET DE LA MÉSOLOGIE BERQUIENNE

Xiaoling FANG est architecte paysagiste, Docteur en philosophie et sciences sociales-architecture/paysage de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris. Enseignante vacataire de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris la Villette – HESAM Université, membre de l’Unité de Recherche « Architecture, Milieu, Paysage », ENSAPLV/HESAM/MC, fondatrice et présidente de l’association LABCF (Laboratoire de l’Art de Bâtir France/Chine). Ses thèmes de recherche concernent essentiellement les théories de l’action dans la perspective de la Mésologie: le processus de création, les expériences corporelles ainsi que les actions concernant l’architecture, l’urbanisme et le paysage. Elle nous offre pour Plastir un travail original et pointu visant à mettre en perspective la théorie mésologique soutenue par Berque avec l’approche des mythes de Barthes. Plus précisément, elle résume son propos comme suit: « Cette étude vise à analyser certaines analogies entre la mésologie berquienne et la mythologie barthésienne. Des similitudes peuvent être observées en premier lieu à travers leurs systèmes de signification : les chaînes trajectives et les chaines mythologiques. Leurs schémas représentatifs respectifs sont bien plus que de simples démonstrations formelles d’un système de signification, car les éléments y sont alternés à travers des mécanismes complexes très voisins – une dynamique incessante circulant au sein du processus. Mais malgré ces similitudes, il est primordial de différencier ces deux modèles, car l’un n’est pas tout à fait l’équivalent de l’autre, et de surcroît, ils ne sont pas de même qualité. En effet, Barthes adopte une posture extrêmement critique visant spécifiquement la classe bourgeoise de l’époque, tandis que Berque adopte une vision plus large destinée à une démonstration du déploiement du monde, et ainsi à une remise en cause des fondements du paradigme occidental moderne. Afin de comprendre les limites de la forme mythologique et les différences qui la démarquent de la mésologie, cette analyse se déroule sous quatre angles : les chaînes trajectives et les chaînes mythologiques, l’hypostase de S/P en S’ et la naturalisation mythique, le cycle de signification, l’inflation du système et les limites de la mytho-logique. L’étude présente avant tout des réflexions nées à la lecture des écrits des deux philosophes, Augustin Berque et Roland Barthes. Son objectif n’est pas d’apporter des réponses définitives, mais de soulever des questions, et avant tout de proposer d’autres regards sur deux pensées extrêmement riches ».

 

 

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