Plastir N°61 06/2021

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LA PERSPECTIVE RÉSIDENTIELLE DE TIM INGOLD ET LES ŒUVRES DE CLAIRE MORGAN

Laëtitia BISCHOFF est doctorante en sciences de l’art à l’Université d’Aix-Marseille sous la direction de Marie Renoue. Elle est également poète et critique d’art. Elle s’intéresse aux formes artistiques contemporaines possibles dans un champ culturel qui ne serait plus spécifiquement humain. Ainsi son projet doctoral s’intitule « Inter-espèces : à l’orée des avancées de l’anthropologie actuelle, penser la création artistique au-delà de l’humain. » Vivant depuis une décennie dans un milieu rural très reculé, il s’agit de penser l’art au plus près d’un quotidien partagé avec le non-humain. Elle a pris le parti de traiter dans ce numéro de Plastir une des approches d’Ingold interrogeant l’art au travers des œuvres de l’artiste Claire Morgan et nous résume sa démarche comme suit : « Si l’anthropologie se repositionne concernant la place qu’elle octroie au non-humain comme sujet d’étude et re-questionne ses méthodologies, qu’en est-il de l’art ? Nous proposons dans ce texte d’examiner ce qu’entend Tim Ingold dans Marcher avec les Dragons par « habiter le monde» et nous rassemblerons les différentes caractéristiques structurantes de son approche sous l’appellation « perspective résidentielle ». Puis, ainsi engagés dans un flux ininterrompu de relations comme le conçoit Ingold, nous questionnerons les modalités d’approche et de considération d’une œuvre d’art dans ce contexte. Deux installations de Claire Morgan présentant un animal taxidermisé et des aires de graines suspendues, Gone to Seed et Here is the End of All Thing datant de 2011 seront décrites puis envisagées depuis la perspective résidentielle. En effet, c’est l’œuvre de Claire Morgan qui attire notre attention dans le cadre d’une mise en acte, d’une ouverture de l’œuvre comme lieu d’un nouveau partage avec le non-humain. Nous espérons au fil de cette présentation, faire vivre une sympoïèse, c’est-à-dire, une manière de faire avec, en l’occurrence avec le non-humain, mais également de faire avec différences disciplines. »

À CORPS OUVERT, DE LA PLASTICITÉ VÉGÉTALE À L’ESPACE PLASTICIEN

Sylvie POUTEAU est chargée de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), chercheure en biologie et éthique des plantes. Elle a dirigé pendant quinze ans des recherches sur la plasticité végétale en réponse aux changements environnementaux régis par des rythmes circadiens et circannuels. Depuis 2009, se travaux portent sur l’originalité de la vie végétale comme force oeuvrante de la nature. Elle possède une longue expérience des pratiques transdisciplinaires et de la coordination d’actions participatives sur le vivant, allant du pilotage d’écoles chercheurs sur l’éthique et de conférences-débats pluridisciplinaires sur la complexité en biologie à diverses modalités de recherche action, notamment des approches faisant appel à l’art écologique. Elle a été présidente du projet Université du Vivant co-fondé avec des organisations agro-écologiques (2009–2013) et a assuré le commissariat d’événements publics – exposition-laboratoire d’art environnemental « Le vivant et son énergie » (année Le Nôtre, Versailles, 2013); manifestation d’art écologique avec les artistes britanniques Ackroyd & Harvey : « Beuys’ acorns : trees on tour – Versailles » (festival ArtCop21, Versailles, 2015). Actuellement son activité de recherche vise à intégrer la notion d’agentivité des plantes dans la définition d’une alimentation durable. Son article nous interpelle tout particulièrement car il concerne à la fois la plasticité du vivant et le monde du sensible au travers du prisme végétal, mais aussi les relations art-science, deux des preoccupations majeures des chercheurs de PSA. Sylvie Pouteau résume ainsi son propos de façon éloquente:  » La notion de plasticité s’applique largement à des entités de nature hétérogène. L’argument développé est que les plantes en sont à la fois la catégorie la plus emblématique, la plus ostensiblement exposée à nos regards, et la plus problématique. Ceci tient au fait qu’elles sont des entités non conventionnelles dont la caractéristique est d’être prolifère. Ce sont des « êtres ouverts » qui ne satisfont pas la définition d’un topos par une limite immobile immédiate. Les plantes en continuel développement n’ont ni dedans ni dehors et sont ainsi « attachées » à l’espace dans lequel elles s’édifient en se matérialisant peu à peu. Le statut même de l’espace ordinaire, l’espace vécu, demande ainsi à être repensé puisqu’il apparaît comme étant co-gestatif et non un simple contenant distinct de son contenu. La plasticité des plantes ne peut être tenue séparée des propriétés topologiques et des activités plasticiennes de l’espace, lui-même participant au geste prolifère. Au déplacement cinétique local des entités conventionnelles dotées d’un limite topologique immobile répond le mouvement morphique des plantes dont la limite se déplace constamment avec, et non dans, l’espace plasticien. Cette réflexion vise à rendre compte de l’expérience esthétique à laquelle l’ouverture ontologique des plantes nous expose de façon évidente, et cependant impensée car elle échappe à nos catégories conceptuelles façonnées par des normes topologiques. Par l’entremise de l’art, des directions possibles sont proposées pour saisir simultanément la plante et l’espace comme horizon perceptif et paradigmatique, en particulier dans l’œuvre du peintre Alexandre Hollan.”

VICKEN PARSONS’ BLUE”

Cécile VOISSET est traductrice freelance, chercheur indépendant et membre associé du LIS (Lettres, Idées, Savoirs) à l’université Paris XII, membre de l’ATLF (Association des Traducteurs Littéraires de France). Elle a notamment publié : « Hobbes philosophe redoutable ? Des Amazones et des hommes ou le contrat selon Hobbes », L’Harmattan, Paris, Coll. Ouverture philosophique, 2008 ; « Guy Hocquenghem. La révolte (1946-1988) », Préface de R. Scherer, Paris : Ed. du sextant, 2015 ; « Identitary Order », Lambert Academic Publishing, 2017, Trad. de D. Fusaro, « Marx idéaliste. Essais hérétiques sur son matérialisme », Milan, Ed. Mimesis, coll. « Philosophie », 2019. L’essai qu’elle nous présente ici fait suite à sa première publication Vicken Parsons: “Breath” dans Plastir 59, 12/2020 qui nous plongeait dans une série d’oeuvre de Vicken Parson non intitules et arborant des tons et couleurs différentes. Dans cet article, le bleu est résolument mis en avant. Cécile Voisset nous le décrit en ces termes poétiques qui nous donnent l’eau à la bouche! “Le Bleu à l’œil, une couleur féminisée au regard d’une mode qu’on nous a apprise comme une assignation : le bleu de Vicken Parsons est un antidote à tout confinement ; il est en effet une couleur radieuse, douce et apaisante, telle la couleur de la vie comme « souffle » (titre de sa précédente exposition). Cet article étudie le propos de la peintre britannique avec l’aide d’une analyse deleuzienne ainsi que grâce à une comparaison avec l’œuvre de Mark Rothko. Un court ajout rappelle le célèbre poème de Baudelaire, parce que ton et tonalité font un dans la peinture contemporaine.” Un lien actif sur le pdf permet aux lecteurs d’accéder en direct au show room de la Galerie Cristea Roberts de Londres a exposé les toiles de l’artiste et que nous remercions.

VISIONS (DE) NOCTURNES AU CLAIR DE (LA) LUNE : L’ÉCRITURE FARCESQUE DE DARIUS MILHAUD POUR L’OURS ET LA LUNE DE PAUL CLAUDEL

Ly Lan MAGNIAUX chanteuse et compositrice, membre de la SACEM a collaboré avec Radio-France. Docteur de la Sorbonne en Musicologie, diplômée du Conservatoire National Supérieur de Paris et du Conservatoire à Rayonnement Régional de Boulogne-Billancourt, elle s’est produite en concerts à Paris et sa région dans un style pluriel à l’image de musiques de films (jazz, variétés, et classique) de ses origines et de son enthousiasme dans l’exploration de la richesse de la diversité culturelle qu’offre le monde. Elle a publié chez SM, Zurfluh, PUPS et d’Artois, Mardaga, le MAM (Musée des Arts de la Marionnette à Lyon), La Société Paul Claudel , Plastir.  Le présent article traite de la correspondance artistique de Milhaud et Claudel dans le genre de la farce pour acteurs et marionnettes présent dans sa thèse non encore publiée qui porte sur La musique de 7 compositeurs écrite pour marionnettes et jouée à Paris entre 1886 et 1948 sous la direction de Pr. Michèle Barbe. Elle a collaboré aussi à France Culture au sujet de son DEA dirigé par Pr. Pierre Guillot sur le rôle du cymbalum dans la musique européenne écrite entre 1886 et 1928. Cet article touchant à la plasticité musicale est le second qu’elle publie dans Plastir, le premier ayant eu comme sujet les éléments créateurs et récréatifs de la boîte à joujoux d’Hellé et Debussy dans Plastir 52, 12/2018. Dans ce numéro, Ly Lan Magniaux nous invite plus précisément à découvrir une étude qui se propose d’observer les éléments musicaux milhardiens (rythmiques et expressifs) alliés aux éléments poétiques claudéliens (langagiers, symboliques, mystiques, humoristiques) propres à caractériser la farce collaborative L’Ours et la Lune des deux artistes. Une riche découverte des dessous de la composition musicale !

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