APPRENTISSAGE ET PLASTICITÉ : À TRAVERS LES ARTS CHINOIS, CALLIGRAPHIE ET PEINTURE
Yolaine ESCANDE 幽蘭 est directrice de recherche au CNRS, membre du centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL, EHESS, Paris, UMR 8566), membre associé au Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine (CECMC, EHESS, Paris), spécialiste de la pratique et de la théorie des arts graphiques chinois, calligraphie et peinture. Elle a traduit du chinois en français des traités fondamentaux de la théorie de l’art chinois sur la calligraphie et la peinture : Notes sur ce que j’ai vu et entendu en peinture, 1994 ; Traités chinois de peinture et de calligraphie T. 1, 2003 ; Traités chinois de peinture et de calligraphie, T. 2, 2010 ; Esquif sur l’océan de la peinture de Shen Zongqian, Belles Lettres, 2019 ; Trois traités sur le portrait de Wang Yi, Jiang Ji, Ding Gao, Belles Lettres, 2025) et a analysé et présenté leurs principes esthétiques (L’Art en Chine, 2001, Montagnes et eaux. La culture du shanshui, 2005 ; Jardins de sagesse en Chine et au Japon, Seuil, 2013). Sa recherche concerne leurs interactions artistiques, philosophiques, esthétiques, culturelles avec l’art occidental (en collaboration avec Jean-Marie Schaeffer, L’Esthétique : Europe, Chine et ailleurs, 2002 ; avec Johanna Liu, Frontières de l’art, frontières de l’esthétique, 2008 ; Culture du loisir, art et esthétique, 2010 ; avec Vincent Shen et Li Chenyang, Inter-culturality and Philosophic Discourse, Cambridge SP, 2013 ; avec Jean-Noël Bret, Le paysage entre art et nature, PUR, 2017). Elle a également dirigé en collaboration avec Johanna Liu depuis 2006 treize numéros de la revue Universitas, Monthly Review in Philosophy and Culture (référencée A&HCI), en anglais et en chinois. L’article explore l’apprentissage de la peinture et de la calligraphie dans la tradition chinoise, fortement influencée par le confucianisme. Le domaine concerne l’expérience artistique et la théorie chinoise de l’art. En effet, le concept d’« apprendre » (xue 學) en chinois est central, mettant l’accent sur la répétition, la pratique et la « culture de soi », permettant d’aborder la plasticité comme processus de connaissance dynamique. Les arts chinois, tels que la poésie, la musique, l’écriture et la peinture, sont considérés comme des moyens d’éducation et de perfectionnement personnel, plutôt que de simples techniques. L’apprentissage artistique repose sur la copie des œuvres des maîtres, la répétition des gestes et l’intégration des normes établies. Il s’agit d’un processus qui vise à développer la maîtrise technique, mais aussi à améliorer la personnalité et le comportement social. La création artistique est valorisée lorsqu’elle est à la fois ancrée dans la tradition et innovante, permettant ainsi la transmission et la continuité tout en ouvrant à de nouvelles normes. La relation traditionnelle entre maître et disciple est essentielle, souvent basée sur des liens familiaux ou sociaux. L’apprentissage peut également se faire aujourd’hui dans des institutions prestigieuses, comme les académies des beaux-arts ou les universités, qui ont adopté des systèmes éducatifs inspirés de l’Occident tout en réintégrant les traditions artistiques chinoises. Enfin, l’article souligne l’importance de « désapprendre » pour atteindre la maturité artistique, en dépassant la maîtrise technique pour retrouver une simplicité et une fraîcheur naturelles, inspirées par la philosophie taoïste. L’apprentissage des arts en Chine est ainsi un processus complexe, mêlant technique, culture, philosophie et « culture de soi » qui permet d’apporter un éclairage spécifique sur la plasticité en tant que connaissance ou non-connaissance du monde.
LES CHIFFRES CADRANT, ENCADRANT, INFORMANT
Bernard TROUDE est ingénieur en architecture industrielle et en design produit (CNAM Paris) et PhD en sciences de l’art et matériologies et en philosophie des sciences sociales (Panthéon Sorbonne et Université Descartes Paris V). Son actualité de recherche est actuellement centrée sur mes sciences de fin de vie et d’éthique médicale à l’hôpital touchant à différents domaines des neurosciences, de la physiologie et de la psychologie (intuition, perception, compréhension). Il intervient à ces titres régulièrement à l’international : Angleterre, Italie, Tunisie, Maroc, USA et publie régulièrement dans PLASTIR (PSA Éditeur), chez Elsevier-Masson et dans les revues M@gm@ International (Italie) ou TAKTIK (Tunisie). En pleine cohésion avec ses recherches sur l’étude des relations entre philosophie et mathématiques, dont Plastir a la primeur depuis plusieurs années (Plastir n°55-09/2019, n°59-12/2020, N°63- 12/2021, N°65-06/2022, N°70– 09/2023, Plastir N°77– 06/2025) celui-ci, comme l’indique l’auteur est synthétique et moteur : “De tous les textes dans les numéros précédents, il me faut ressortir une dynamique. Un tantinet cartésien, il me faut admettre que nos mondes sont constitués de sensations communes à tout être humain, accompagnés d’un mécanisme scientifique conçu pour une raison totale plus ou moins sensible chez tous, avec l’aventure du Un et de l’Autre Un : l’existence d’un effet collégial d’une relation certaine entre les choses et les idées précises et hétérogènes. À faire savoir que la comparaison de chiffre à chiffre sort de l’éventualité d’un calcul arithmétique. Un entendement se réduit alors en s’accordant avec toute chose parce que l’un et l’autre seront considérés œuvre suprême qui, source du Monde, fait en sorte que les mathématiques issues de l’esprit humain lui soient adaptées. Pensons à reconnaître que la naissance et l’actualité de son esprit sur l’être humain devient une étape capitale dans les évolutions à suivre et ce depuis l’apparition, encore maintenant tout le temps : ‘’Plus’’ ou ‘’Moins’’ d’espace géographique, d’espace logique, de temps, d’argent, de pages d’émotions, de bonheur … de bien-être. À notre modernité de participer au comment donc penser les relations effectives du temps et du mouvement en chacun des cas où elles vont s’incarner sous les apparences d’une chorégraphie particulière soit le geste manifeste de tout le corps, une pliure d’aile ou les évolutions des nuages ou des vagues sur les différentes surfaces ? Ce qui ramène aux trois lieux : Terre, Mer, Atmosphère. Les incitations à de profondes introspections proviennent de ces technologies chiffrées et aux chiffraisons disparues des entendements offrant des opportunités soit en continuations d’états technologiques soit en opportunités d’innovation. La question supplantant le tout : notre cadre juridique et réglementaire actuel est-il adapté à cette nouvelle ère digitale ? Le fond de toute morale et de toute philosophie est traditionnellement ancré dans la durabilité et les conformités transférées aux sciences mathématiques ainsi qu’aux modes éthiques. Une autre question se pose : à l’heure actuelle, avoir un esprit scientifique est-ce encore un esprit critique ?
Laurent ZAHRA est médecin généraliste et algologue, engagé dans la prise en charge de pathologies complexes, du polyhandicap et des troubles neurocognitifs. Son expérience clinique nourrit une réflexion approfondie sur les mécanismes de la perception et de l’expérience vécue. Il développe une activité de recherche indépendante à l’interface des neurosciences, de la phénoménologie et de la médecine. Ses travaux explorent la manière dont les systèmes sensoriels participent à la construction du réel, en particulier dans leurs zones d’ambiguïté et de transition. Il s’intéresse aux phénomènes perceptifs atypiques, aux troubles de l’intégration sensorielle et aux dynamiques de l’intuition. Sa démarche s’inscrit dans une approche transdisciplinaire rigoureuse, attentive aux articulations entre niveaux de réalité. Membre du Centre International de Recherches et Études Transdisciplinaires (CIRET), il participe à une réflexion méthodologique sur ces zones d’interface. Il développe des modèles conceptuels visant à mieux comprendre la complexité des phénomènes perceptifs, notamment en contexte clinique. Son travail accorde une place centrale à la formalisation des processus cognitifs et à leurs implications thérapeutiques. À travers ses publications, il cherche à maintenir un dialogue entre rigueur scientifique et exploration de cet « entre-deux », là où la perception hésite encore et commence parfois à voir autrement. La perception est classiquement décrite comme la réception et le traitement de signaux sensoriels distincts. Cet article propose un déplacement de ce paradigme en introduisant le concept de matrice sensorielle, entendue comme un système dynamique d’inférence incarnée au sein duquel le réel émerge d’une interaction continue entre contraintes biologiques, signaux sensoriels et modèles internes. Plus précisément, Laurent Zahra se propose de partir des apports des neurosciences contemporaines — notamment le cadre du cerveau prédictif et de l’inférence bayésienne — la perception est envisagée comme un processus actif de minimisation de l’erreur de prédiction, dans lequel la pondération relative des modalités sensorielles dépend de leur fiabilité contextuelle. Cette approche est mise en tension avec une analyse de l’architecture du vivant, en particulier la symétrie bilatérale du corps et son articulation avec des asymétries fonctionnelles, éclairées à la fois par les données actuelles sur la latéralisation cérébrale et par les intuitions fondatrices de Xavier Bichat sur la dualité des fonctions de la vie. L’article explore ensuite la plasticité de cette matrice à travers les phénomènes de substitution sensorielle et de réaffectation corticale, montrant que les variations du système perceptif ne modifient pas simplement l’accès au réel mais en reconfigurent les modalités d’émergence. Cette perspective est prolongée par l’étude des hypersensorialités et des profils neurodivergents, où les différences de filtrage et de hiérarchisation des signaux révèlent la dépendance du réel perçu à la structure du système qui l’engendre. Enfin, une continuité est proposée entre perception, illusion et hallucination, envisagées comme différentes configurations d’un même système prédictif, caractérisées par un déséquilibre variable entre données sensorielles et modèles internes. Dans une perspective transdisciplinaire, cet article propose ainsi de penser la perception non comme un accès passif au monde, mais comme une construction active, située et modulable, ouvrant sur une phénoménologie du réel comme espace habité plutôt que donné.
ART ET RELATIVITÉ : UNE APPROCHE TRANSDISCIPLINAIRE
Filipe Mattos de SALLES est photographe, cinéaste, philosophe et artiste plasticien. Il est titulaire d’une licence en communication sociale (cinéma) de la Fondation Armando Álvares Penteado (FAAP, 1994), d’un master et d’un doctorat en communication et sémiotique de l’Université pontificale catholique de São Paulo (PUC-SP, 2002 et 2011), ainsi que d’une habilitation à diriger des recherches (fondements théoriques des arts) de l’UNICAMP (2024). Chercheur, il est membre du CIRET (Centre international de recherches et études transdisciplinaires) et de DASMind UNICAMP (Réseau de coopération transdisciplinaire en recherche et innovation). Ses travaux portent principalement sur l’intégration de la philosophie, de la psychologie analytique et de l’art, avec pour objectif de promouvoir une recherche rigoureuse en philosophie de l’art et en théorie esthétique. Musicien amateur, il explore également la symbiose entre musique et image et son évolution. Il est l’auteur de plusieurs articles sur l’art et la psychologie analytique, ainsi que de trois ouvrages publiés dans ce domaine : la musique visuelle, l’idée-image et Harmonia Mundi. Il a publié un article avec Mariana Thieriot Loisel sur la zone grise entre humains et machines dans le précédent numéro de Plastir (Plastir 79, 01/2026) et nous présente ici un inédit sur les liens entre art et relativité. Pour lui, la définition de l’art a toujours été problématique en raison de la subjectivité inhérente à l’appréciation esthétique et de l’impossibilité d’établir des critères objectifs universels. Cet article propose une approche transdisciplinaire pour comprendre le phénomène artistique en appliquant les principes de Théorie de la relativité d’Einstein à l’esthétique, l’ouvrage cherche à dépasser l’impasse théorique des définitions traditionnelles de l’art. L’ouvrage s’appuie sur une analyse théorique et conceptuelle comparative, établissant des parallèles entre les concepts de la physique relativiste (référentiels, observateurs, invariants) et la perception esthétique. La méthode consiste à opposer le modèle newtonien, qui considère l’objet artistique comme une entité absolue préexistante, au modèle relativiste, qui prend en compte la multiplicité des référentiels d’observation.