Plastir n°55 – 09/2019

L’INDIVIDUATION SELON SIMONDON ↵ 

Henri Van LIER est un philosophe belge à l’esprit encyclopédique et novateur. Professeur à l’Institut des Arts de Diffusion (IAD) à l’Université de Louvain la Neuve, il s’intéressa à plusieurs domaines, dont la psychologie expérimentale, l’esthétique, la sémiotique, la photographie et la linguistique. Il est aussi et surtout l’auteur d’une œuvre majeure « Anthropogénie (1982-2002) présentant une macro-histoire de l’évolution humaine par « équilibre ponctué » à l’instar de la théorie de S.-J. Gould. Il situe Homo au départ comme un « primate anguleux, transversalisant et possibilisateur », acteur de premier plan du langage, des arts, des sciences et d’une certaine philosophie. L’anthropogénie y est décrite comme « la constitution continue d’Homo comme état-moment d’univers » et comme « la discipline qui a pour objet les facultés propres à Homo ». Divisée en deux branches, l’anthropogénie générale décrivant les bases et les accomplissements humains fondamentaux, subséquents et sociaux et les anthropogénies locales incluant la sémiotique, la linguistique, la phylogenèse les cosmogonies contemporaines. Dans l’ensemble, il s’agit d’une théorie de la connaissance humaine où l’homme est décrit comme un « animal signé » et son évolution comme obéissant à des phases précises (« passage du Monde 1 ou du continu proche au Monde 2 (vers – 800) ou du continu distant, puis au Monde 3 (hypertechnique entre 1850 et 1950) fondé topologiquement sur le discontinu »). Parmi ses publications : Sartre et la présence dans la conscience dans L’Encyclopédie française (1957), Les arts de l’espace  (1959), Le nouvel âge (1962) ; les articles : « Architecture », « Chromo, Kitsch, Laid », «Design », « Esthétique », « Peinture », « Sculpture »de l’Encyclopaedia Universalis (1968 à 1972), Philosophie de la photographie(1983), Histoire photographique de la photographie(1992), Logiques des langues européennes(1989) et Histoire langagière de la littérature française(1989) : émissions diffusées sur France Culture), Le Tour de l’homme en 80 thèses (trad. anglaise – 2003). Grâce à Marc Van Lier, nous avons l’honneur de publier dans PLASTIR un inédit d’Henri Van Lier analysant l’individuation chez Simondon. Tour à tour, l’auteur analyse sous l’œil anthropogénique Du mode d’existence des objets techniques (rapporté dans la rubrique Phylogenèse sur le site de Van Lier) et l’individuation simondoniene, eu égard à son approche contemporaine de l’individuation (Le nouvel âge, 1962) ainsi que les limites qu’il perçoit dans l’évolution de ce processus et les cosmogonies (de l’artiste en parlant de Micheline Lo dont de très belles toiles illustrent cet article) et cosmologies (du scientifique en faisant allusion à Simondon) en ressortant. Y sont aussi élaborés différentes hypothèses que le lecteur aura le plaisir de découvrir telles celle d’« individus transductifs » capable « d’être des interfaces entre un milieu intérieur et un milieu extérieur » ou encore les rapports étroits du métaphysicien et du peintre. Un monde d’une grande richesse qui remit dans le contexte de l’intelligence artificielle et de l’art contemporain prend tout son sens. 

DERNIERS ÉCRITS GNOSTIQUES DU POÈTE YVES BONNEFOY  ↵ 

Claude BERNIOLLES, diplômé en droit, est à la fois poète et littérateur. Sa contribution au décryptage des œuvres de grands auteurs contemporains nous est précieuse à PLASTIR et a donné lieu à plusieurs de ses contributions, à chaque fois mêlant ressenti poétique, historicité, récit et fines analyses littéraires des écrits d’auteurs comme Anatole France, Barthes, Cervantès ou Wittgenstein (voir Sommaire). Parmi ses approches littéraires, il en est une qui lui a tenu particulièrement à cœur alors qu’il assistait aux cours magistraux du titulaire de la chaire d’études comparées de la fonction poétique du Collège de France (1981-1993), j’ai nommé Yves Bonnefoy. Dans PLASTIR 27, 06/2012, il aura en effet des réflexions poussées sur les grandes étapes de l’œuvre du grand poète, en axant sa recherche sur ses rapports à l’inconscient et à la psychanalyse. Texte très fouillé sur les dessous de son « traitement de l’art », abordant autant la trame psychoaffective et les rapports intimes du poète avec sa création, que les grands tournants qu’il a opéré, notamment dans « l’Arrière-Pays », sans oublier la trame artistique et son interprétation des œuvres de Poussin, Giacometti ou de Piero della Francesca. Dans ce numéro, y fait suite une mise en scène originale où l’auteur est à la fois observateur et critique centré sur les rapports entre le poète et la gnose. Une traversée littéraire qui suit le temps singulier de l’acte poétique et le processus intriqué de l’écriture. L’univers de Bonnefoy y apparait comme « déviant », alchimiste ou en quête du Graal, alors qu’il oscille « entre la tentation gnostique qui est dangereuse pour la poésie et celle qui ne l’est pas identiquement pour le poète ».  

QUAND LE CHIFFRE DEUX (2) EST UN ALÉA  ↵ 

Bernard TROUDE est sociologue, PhD en Sciences de l’Art de Université Paris I et chercheur dans plusieurs laboratoires de l’université de la Sorbonne Descartes Paris V, notamment au CEAQ (Centre d’Études sur l’Actuel et le Quotidien). Il est également ingénieur généraliste, professeur en sciences du Design et Esthétique industrielle, co-directeur de « Re-penser l’ordinaire », plasticien et contributeur de nombreuses revues telles PlastirGanymèdeCahiers de l’idiotie(Montréal), Cahiers européens de l’imaginaireArts et Sciences ou encore Ethic, Medecine & Public Health. Il a récemment rejoint le laboratoire Universitaire de Sciences Cognitives de San Francisco où il contribue à la Revue Médicale Généraliste de Normal (ville proche de Chicago, USA) qui rassemble toutes les éditions universitaires médicales. Cette contribution de Bernard Troude, auteur régulier de PLASTIR (voir sommaire), fait suite à son dernier article (PLASTIR 51, 09/2018) : « L’hermeneutique d’une différence subtile de volume cérébral – stratégies pour une donnée » », en se plaçant sous l’angle de l’aléa et la pensée du DEUX. Une approche originale, qui se veut agitatrice d’idées, à une époque où on a trop tendance, soit à lisser les différences, ce qui peut aboutir à une déstabilisation des genres, soit au contraire à les exacerber avec les mouvements sexistes ou homophobes. Bernard Troude, en trublion et  philosophe averti, cite Gide, Huisman ou Ribes et nous mets face à cette dualité du 2 et à son versant naturaliste pour en extraire notre réactivité première.  Faisons lui écho !

DES ZONES D’ACTIVITÉ OÙ S’ACTIVENT ARTS ET SCIENCE  ↵ 

Christian RUBY est philosophe, chargé de cours à l’ESAD-Talm, site de Tours, niveau Master, membre de la commission Recherches du ministère de la Culture, et membre du conseil d’administration du FRAC Centre-Val de Loire. Il est membre de l’ADHC (association pour le développement de l’Histoire culturelle), de l’ATEP (association tunisienne d’esthétique et de poiétique), du collectif Entre-Deux (Nantes, dont la vocation est l’art public) ainsi que de l’Observatoire de la liberté de création.  Derniers ouvrages parus : Abécédaire des arts et de la culture, Toulouse, Éditions L’Attribut, 2015 ; Devenir spectateur ? Invention et mutation du public culturel, Toulouse, Éditions de L’Attribut, 2017 ; Criez, et qu’on crie ! Neuf notes sur le cri d’indignation et de dissentiment, Bruxelles, La lettre volée, 2019. Site de référence : www.christianruby.net. Dernier volet d’une série de trois articles parus dans notre revue : De la plasticité d’un arhipel artistique et scientifique (Plastir52, 12/2018) et L’oeuvre de science dans la belle forme et la belle forme dans l’œuvre de science (Plastir53, 03/2019)ce dernier pose le problème des rapports arts et sciences à partir des doctrines philosophiques et des oppositions traditionnelles. D’Emmanuel Kant à John Dewey ou à Gaston Bachelard et aux phénoménologies, il importe de dresser le panorama des articulations conçues tout au long du XX° siècle, tant du côté des sciences que du côté des arts. Un tableau vient récapituler les positions, et relance les analyses sur la notion de « surface d’échange » que nous avions déjà présentée comme un vecteur permettant de sortir des cadres cognitifs communs. 

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