Plastir n°43 – 09/2016

DES CAGES ÉPISTÉMOLOGIQUES A LA TRANSDISCIPLINARITÉ EN TANT QUE SYSTÈME OUVERT DE CONNAISSANCE

Ubiràtan D’AMBROSIO est professeur de mathématiques émérite de l’Université d’État de Campinas, PhD de l‘Université de São Paulo (Brésil) et historien des mathématiques, ou plus exactement ethnomathématicien. Membre du conseil de nombreuses sociétés savantes ou de structures universitaires et transdisciplinaires comme le CIRET (Centre International de Recherches et Etudes Transdisciplinaires) et, depuis peu, du comité scientifique de notre groupe de recherche PSA (Plasticités Sciences Arts), il a siégé à la Commission Internationale sur l’Histoire des Mathématiques (ICHM) pendant cinq ans et a fondé la Société Brésilienne pour les Mathématiques et l’Histoire du Groupe International d’Ethnomathématiciens (GIE). Son savoir est encyclopédique, et son parcours  jalonné de nombreuses publications et ouvrages dont vous trouverez le succédané sur son blog. Qui plus est, Ubiràtan D’Ambrosio a collaboré avec nous à plusieurs articles communs sur les aspects sociétaux, philosophiques et transdisciplinaires, notamment dans Plastir 8, 09/2007 et Plastir 11, 06/2008. Il nous fait l’honneur d’analyser ici avec une grande acuité  l’état des lieux d’une société fracturée qui peine à sortir des cages épistémologiques qu’elle s’est créées de toute pièce. Notion qui est chère à l’auteur et illustre parfaitement les enjeux sociétaux de la modernité. Ubiratan D’Ambrosio nous les dépeint tour à tour. Tout d’abord, les systèmes de connaissance, leurs pièges et leurs issues, en particulier, l’adoption d’une attitude de recherche transdisciplinaire (qu’il différencie clairement de l’inter- et la multi-disciplinarité) que nous soutenons fermement. Ensuite, les différences de stratégie à l’échelle du groupe ou des réseaux sociaux et de l’individualité face à une même réalité (comme la violence et les réactions humaines qui y sont attachées telles la soumission, la pulsion de survie ou la transcendance). Et enfin l’essence de l’humanité ou de Sapiens dans tous ses rouages (liens avec la technicité et les écosystèmes, complexité), ce qu’elle signifie de plus profond (statut d’être humain, liens de cause à effet, métaphore, plénitude,  dimensions de la réalité) et ce qui fait sens. L’ensemble nous expose clairement les challenges à relever et les stratégies d’action possibles au vu des leçons du passé, notamment à la lumière des percées de Goethe ou de Gödel. Il s’agit avant tout de ne pas reconstituer sans cesse des cages épistémologiques plus vastes où l’on se pense libre et où l’on est derechef prisonnier d’une idéologie ou d’un système de pensée « totalitaire » ou « totalitarisant ». Il s’agit aussi de rester humble et de dépasser la violence et les conflits par l’éducation (éducation pour la paix, cf. manifeste de Pugwash), la solidarité ou la coopération entre et au travers des cultures. En clair, nous devons penser en amont (pour prévenir les actions belliqueuses ou violentes) et autrement (transculturellement) pour incarner notre plein statut d’être humain.

ESQUISSE D’UNE POÏÉTIQUE DISCIPLINAIRE DES THÉORIES À LA CONSTITUTION ÉPISTÉMOLOGIQUE DE LA RESTAURATION DES BIENS CULTURELS

Alfredo VEGA CÁRDENAS est conservateur-restaurateur de biens culturels, philosophe, PhD en histoire de l’art et enseigne actuellement en tant que spécialiste de la théorie et l’histoire de la conservation à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses travaux de recherche concernent les nouvelles méthodologies liées à la restauration conservation et s’inscrivent dans une approche transdisciplinaire regardant l’épistémologie, l’art contemporain et le patrimoine culturel. Il a déjà abordé les enjeux de conservation, de compréhension et de transmission de l’art contemporain à partir de la pensée du philosophe espagnol Xavier Zubiri dans PLASTIR 32, 09/2013. Dans cet article, il part de l’analyse de l’objet dans les théories de la restauration afin d’étudier la possibilité d’une épistémologie capable de fonder la reconstitution de la restauration de biens culturels en tant que domaine spécifique et irremplaçable de connaissance. En prenant le concept de poïétique pour exprimer cette création-récréation disciplinaire, l’auteur dessine, à travers la philosophie de Zubiri, les trois composantes de sa proposition épistémologique : l’objet restaurable, le sujet restaurateur et l’acte restauratif pour y ajouter les perspectives de recherche transdisciplinaire qui s’ouvrent avec cette proposition. Il y aborde notamment la corrélation entre le Tiers Caché et l’acte restauratif comme zone de transparence où les réductionnismes d’objectivité et de subjectivité peuvent être abolis.

LES MODÈLES SCIENTIFIQUES ET LES THÉORIES DE LA CONNAISSANCE

Abdelkader BACHTA est professeur de philosophie à l’Université de Tunis. Il a publié une série d’articles sur la modélisation scientifique et les apports théoriques du mathématicien René Thom dans PLASTIR, dont il a récemment tiré un ouvrage intitulé «La modélisation scientifique – Etudes sur la pensée modélisatrice de René Thom.» (MtL éditions, 2016). Dans ce numéro, il se consacre à une étude minutieuse des carences et des atouts du modèle scientifique en tant que système cartésien  associé à une théorie dominante. L’auteur, s’appuyant notamment sur les travaux de Thom,  montre  que ce territoire définit un champ balisé de la connaissance qui lui est sous-jacent ou rapporté, mais rarement explicite ou avoué. Il le différencie des approches archétypales ou paradigmatiques, notamment dans les sciences physiques ou mathématiques, et le situe à l’aulne des « dualités de dualisme, le rationalisme et l’empirisme d’une part, et l’idéalisme et le réalisme d’autre part, en citant Kant, Wolff, Hume ou Locke… En ressort une analyse des plus fines du lien entre la modélisation et les théories de la connaissance et des potentialités humaines, certes sujettes à épouser ou à se référer à un modèle ou à un cadre comme le cartésianisme ou à l’opposé l’esthétisme ou l’idéalisme kantien, mais parfois capables de transcender l’historicité et la culture  dominante.

SPÉCULATIONS TRANSDISCIPLINAIRES : DES CYBORGS AUX POLYPHIBIENS, DE LA BIONIQUE A LA POLYPHIBIONIQUE

Živa LJUBEC est une chercheuse transdisciplinaire se défiant de toute différenciation obsolète entre chercheurs artistes et scientifiques. Elle a étudié l’architecture et les mathématiques, autrement dit le langage interdisciplinaire le plus largement répandu à l’Université de Ljubljana (Slovénie). Afin de poursuivre de nouvelles explorations au-delà des sciences disciplinaires et pour vivre la transdisciplinarité en actes dans un organisme imaginaire de connaissance incarné dans le vivant, elle a obtenu son doctorat en 2015 à l’Université du Plymouth. En sus de réaliser des performances, des expositions et des conférences dans le monde entier, Živa Ljubec a enseigné à l’AAV (Académie d’Arts visuels) de Ljubljana, où elle a développé un cours sur le Transmedia et la Théorie Médiatique. En 2015, elle a été invitée par son mentor Roy Ascott en tant que conférencière/artiste à son Studio Technoetic D’art à Shanghai, un programme commun entre le SIVA (Institut de Shanghai d’Arts visuels) et l’Académie de Masters de Detao. Elle a été récemment nommée coordinatrice du Studio d’Arts de technoétique (Technoetic) et Maître de conférences dans le Cours Avancé des Arts Technoetic. Elle est également directrice d’Études dans « le programme de recherche doctoral et post-doctoral du « Noeud Detao » du Collegium Planétaire. Elle nous résume le sujet traité dans son article comme suit : « Revenant aux origines de cyborg, conçu pour automatiser technologiquement l’homéostasie des Terriens explorant l’espace à l’extérieur de la zone de sécurité de la planète Terre, cet article décrit l’exploration d’espaces extérieurs et intérieurs en fournissant les moyens pour survivre au-delà des possibilités de notre atmosphère et en s’installant dans une noosphère plus vaste. Pour explorer la sphère de l’esprit – Nous ou Noos –, cet article propose comment considérer la noétique en termes de technoetique plutôt que simplement et aveuglément en faisant confiance à la technologie et en expliquant la différence entre l’auto-amputation d’organes résultant de l’irritation de notre système nerveux central et la solution proposée de décentraliser le système nerveux en cultivant de nouveaux organes cyberceptifs. A cette fin, le terme de cyborg est mis à jour et proposé comme étant un polyphibien qui comme les amphibies survit et prospère dans des environnements multiples. De même, la discipline de bionique se transforme en non-discipline de polyphibionique pour englober les formes multiples d’être. Un dernier point, mais non des moindres, traité dans l’approche originale de l’auteur concerne intrinsèquement l’homme au seuil entre l’animal et le technologique, à savoir l’utilisation humaine du rire. En tant que réflexe autonome inévitable, le rire maintient l’homéostasie dans les situations les plus paradoxales et nous propulse vers nos propres limitations. La cybernétique devrait-elle incorporer l’humour pour surmonter les contraintes de logique dans le technologique et l’informatique qui est seulement une partie de ce que pourrait être une réalité tout à fait incalculable ? « 

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