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Revue
Transdisciplinaire de Plasticité Humaine
Numéro 10
L’homme
peut-il vivre heureux sans spiritualité ?
Basarab Nicolescu
est physicien
théoricien, membre d’honneur de l’Académie Roumaine et président du Centre
International de Recherche et d’Etudes Transdisciplinaires (CIRET). Il a publié
et dirigé de nombreux ouvrages depuis « Nous, la particule et le Monde » (Le Félin, 1985), incluant
des essais sur Jakob Boehme ou Stéphane Lupasco, des participations à des encyclopédies et la
création de la collection Transdisciplinarité aux éditions du Rocher en 1996.
Basarab Nicolescu a en effet donné ses lettres de
noblesse au concept de transdisciplinarité auquel nous adhérons pleinement à
PSA, d’une part en le différenciant clairement de la pluri- et de l’inter-disciplinarité et d’autre part en introduisant des
notions-clés à sa compréhension comme le tiers inclus et la dimension
ontologique des niveaux de réalité. Il a de même était l’instigateur de projets
d’envergure avec l’UNESCO, de l’élaboration de la charte de la
transdisciplinarité lors du premier congrès mondial de la transdisciplinarité
en 1994 à Arabidà au Portugal (traduite depuis en
plusieurs langues) et oeuvre continuellement pour sa reconnaissance académique,
qui est aujourd’hui devenue une réalité dans plusieurs universités du monde. Il
nous présente dans cet article issu d’une conférence tout récemment donnée à
Saint Malo dans le cadre d’un débat organisé par la GLNF, un succédané de son
approche à la fois pragmatique, ouverte et profonde en interrogeant les niveaux
de réalité, le modèle transdisciplinaire de la nature et la spiritualité
humaine. Matérialité quantique et physique y sont comparées alors que l’auteur
nous montre comment la nature magique est progressivement devenue une nature
machine avant de péricliter. Plus précisément, après avoir décrit « l'objectivité subjective de la science
et la subjectivité objective de la
Tradition », il renvoie dos à dos l’homme en
quête aveugle de rationalité ou de spiritualité en prenant appui sur l’affaire Sokal et le néo-athéisme qui y est lié. S’en dégage une
connaissance humaine unifiée. Une vision non duelle de l’univers. Une vision
non fragmentée des liens entre science, mythe et religion. Une vision
véritablement trans-naturelle de l’homme de demain.
L’art
à l’œuvre - Les Métaphores de la Plasticité -
Patricia Proust-Labeyrie
est plasticienne
enseignante, notamment à l’Université de bordeaux I et membre de PSA depuis sa
création en 1994 sous le nom de Groupe des Plasticiens. Elle a une œuvre
fournie en exposant régulièrement peintures, sculptures, livres-objets
- http://www.patriciaproustlabeyrie.com/
- et en écrivant sur son art. Elle signe dans ce numéro de Plastir
un article original qui interroge les liens profonds de l’artiste actant ou de
l’acte créatif en gestation. Il ne s’agit pas d’art contemplatif ou d’une
énième interprétation des fondements de l’art plastique, mais bien d’une
véritable introspection répondant à notre conception épistémique de la
plasticité. Elle en a parfaitement conscience en introduisant son travail par
l’oeuvre de Beuys qui vise à transposer la plastique de la forme et de la
parole sociale : « Tout le travail de Beuys peut se lire, à un
certain niveau, comme une métaphore de la transformation : celle de l’art,
celle de l’artiste, celle de la société » et en dispensant un
art métaphorique consumé dans « Apparition
in Process » ou dans la série picturale
« Le hasard Fondateur ». Il
en ressort pour le lecteur un parcours haletant : celui de la genèse de
l’œuvre en train de se faire, de son émergence intuitive à sa réalisation, de
son interprétation à son intégration dans l’univers métaphorique de l’artiste.
L’auteure en décrit ainsi une des étapes « L’être est réceptif aux occurrences qui le façonnent malgré lui, qui
constituent la pulpe de ses sensations sans cesse renouvelées, le dirigent sur
des chemins insoupçonnés, l’entraînent à la fois dans l’intranquillité
permanente et le désir intense d’exister ; bref, qui le sculptent en
regardant, recevant, intériorisant, désirant, recréant et en voyant par la voie
et la voix de l’intuition …» et nous conduit à expérimenter avec elle.
Implication physique et intellectuelle qui nous entraîne à appréhender,
pénétrer dans l’œuvre picturale par tous ses pores. Cette dimension est une
première pour Plastir car elle invite l’internaute ou
l’e-lecteur à participer au projet pictural plutôt
que d’en être spectateur, à s’y investir jusqu’à traduire peu à peu
l’ « apparition »
mutuelle d’une œuvre née de regards intimes, démultipliés, voire inquiétants…
On aborde ainsi naturellement les
confins de l’art métaphorique au sens de Judge et une
plasticité tour à tour émergente, fusionnelle, cognitive, sensible et orientée
vers le sujet.
ENtre
Orenoque ET Amazone : aux sources du mythique eldorado –
UN
CADRE GEOGRAPHIQUE PROPICE A L’IMAGINAIRE CLASSIQUE ET… VERNIEN –
Lionel Dupuy
est géographe,
écrivain et enseignant dans un collège de Pau. Spécialisé dans le décryptage de
l’oeuvre de Jules Verne à qui il consacre actuellement sa thèse de doctorat, il
nous livre ici le troisième volet de son analyse du récit vernien.
Récit mythique, voyage extraordinaire dont on a eu écho dans les numéros 6 et 8
de Plastir où seront tour à tour abordés
l’initiation, l’inter-et l’intrasémioticité
de l’œuvre, l’ubiquité temporelle et l’espace imaginaire vernien.
Dans cet article, Lionel Dupuy nous
convie à la découverte du nouveau monde, à la rencontre du mythe géographique
de l’Eldorado, aux confins d’un « espace inexploré entre Orénoque et
Amazone ». Espace ô
combien riche d’une science en
pleine expansion, d’une géographie qui se cherche à l’image du lac Parima et d’une littérature mêlant allègrement imaginaire,
métaphore et réalité. D’où cette unité de temps, de lieu et d’action dans l’art
du roman vernien. D’où cette recherche historique,
symbolique et psychanalytique en remontant les sources de l’Orénoque. D’où
notre traversée du monde clos et circulaire de Jules Verne, qui loin de
s’enliser, s’ouvre peu à peu au cosmos. D’où enfin cette dialectique analysée
au travers de Durand, Barthes et Bachelard où l’ « horizon a autant
d’existence que le centre». Pour en
savoir plus : http://pagesperso-orange.fr/jules-verne/
Michel Cazenave est philosophe, poète, coordonnateur de programmes sur France
Culture, auteur de pièces de théâtre, de documentaires TV et de nombreux
ouvrages parmi lesquels « L’encyclopédie
des symboles », « Le mythe
de Tristan et Iseut », « Science
et symbole : les voies de la connaissance » ou encore le « Petit dictionnaire de l’amour fou »
qui a un lien direct avec l’article qu’il nous propose pour Plastir. Il a présidé le groupe
d’études C.G Jung de Paris pendant plusieurs années et dirige de nombreux
ouvrages destinés à mieux cerner la personnalité et l’œuvre jungienne. Il est
également membre d’honneur de PSA et nous fait le plaisir de disserter ici sur
cette puissance sourde du féminin de l’être, sur la symphonie mystique qui
l’entoure, sur les liens étroits qu’elle entretient avec le mystère du monde.
S’en dégage une musicologie céleste, un sentiment de subjugation, une « érotique
de l'infini » qui traverse le
temps et les traditions pour nous interroger toujours et encore sur les abîmes
de la création divine.
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